Tout le monde aime dire qu’il est « coaché ». Tout le monde aime dire qu’il est « coach en » ceci ou « coach de » cela. Sur LinkedIn, une reconversion suffit parfois à faire naître une carte de visite. Le mot est devenu si élastique qu’il ne veut presque plus rien dire et c’est bien le problème.
Derrière cette confusion de vocabulaire se cache une vraie question, souvent mal posée : qui est réellement formé ? Qui est supervisé ? Qui est au clair avec le cadre de sa pratique, ses limites, sa déontologie ? Et surtout, comment savoir ce que l’on est en train de chercher, avant de confier à quelqu’un ses doutes, ses décisions ou sa trajectoire ?
Quatre postures, quatre logiques différentes
Le coach ne donne pas de réponses : il aide à les faire émerger. Sa posture repose sur l’écoute, le questionnement, la mise en mouvement. Un bon coach professionnel a suivi une formation certifiante, s’appuie sur un code de déontologie et se fait lui-même superviser c’est-à-dire qu’il fait régulièrement analyser sa pratique par un pair plus expérimenté, précisément pour ne pas glisser vers la posture de celui qui « sait ».
Le mentor, lui, assume l’inverse : il transmet. C’est une personne expérimentée dans un domaine ou une organisation qui partage son parcours, ses codes, ses erreurs, pour éclairer celui ou celle qu’elle accompagne. Le mentor n’a généralement pas de formation à l’accompagnement : sa légitimité vient de son expérience, pas d’une méthode. C’est une relation plus asymétrique, souvent plus informelle, parfois bénévole.
Le guru se reconnaît à un signe simple : il ne doute jamais. Il détient LA méthode, LA vérité, LA solution. Il capte une dépendance plutôt qu’il ne l’accompagne vers l’autonomie. Aucune formation reconnue, aucune supervision, aucun cadre déontologique ne viennent contrebalancer son influence. C’est souvent là que le bât blesse : plus quelqu’un est catégorique, plus il faut être vigilant.
Le conseil, enfin, change complètement de registre : il apporte une expertise technique, une réponse à un problème précis : stratégie, organisation, finance, marketing. Le consultant sait et c’est son rôle de savoir. Il recommande, préconise, parfois décide à la place du client. C’est l’exact opposé de la posture du coach.
Pourquoi cette confusion arrange tout le monde
Le mot « coach » est devenu un totem marketing. Il rassure, il fait moderne, il évoque le sport et la performance sans les contraintes réglementaires d’une profession encadrée par un ordre. N’importe qui peut se déclarer coach du jour au lendemain, sans diplôme, sans supervision, sans référentiel de compétences. Ce flou profite à ceux qui n’ont ni l’un ni l’autre et il fragilise ceux qui ont fait l’effort de se former sérieusement.
À l’inverse, certains professionnels très compétents refusent le mot « coach » parce qu’il a été trop galvaudé, et se présentent comme consultants, facilitateurs ou accompagnants. Le vocabulaire ne dit donc plus grand-chose. Ce qui compte, ce sont les questions qu’on ose poser derrière l’étiquette.
Les bonnes questions à poser avant de s’engager
Avant de choisir un accompagnement, quelques questions simples permettent souvent d’y voir clair :
- Quelle formation avez-vous suivie et est-elle certifiante ?
- Êtes-vous supervisé et par qui ?
- À quelle fédération ou quel code de déontologie êtes-vous rattaché (EMCC, ICF, ou équivalent) ?
- Dans notre échange qui doit apporter les réponses : vous ou moi ?
Cette dernière question est la plus révélatrice. Si la personne en face de vous a déjà la réponse avant même de vous avoir écouté, ce n’est probablement pas du coaching. Ce n’est pas nécessairement un problème mais il faut le savoir pour choisir en connaissance de cause.
Trouver ce que l’on cherche vraiment
Le coaching n’est pas la réponse universelle à toutes les difficultés. Un conseil technique peut être plus efficace à court terme face à un problème précis. Une formation au management peut suffire à combler un manque de méthode. Une thérapie peut aider à mieux vivre avec une personnalité difficile. Un mentor peut ouvrir des portes qu’aucune méthode ne remplace.
La question à se poser n’est donc pas « quel est le mot le plus à la mode » mais : ai-je besoin qu’on m’aide à trouver mes propres réponses ou ai-je besoin qu’on m’en donne de bonnes ? Le reste n’a d’intérêt que si la posture, la formation et le cadre éthique sont au rendez-vous derrière.